Comment analysez-vous l’état de l’économie mondiale, plus d’un an après le début de la crise financière ?
Nous voyons des signes de reprise se multiplier un peu partout, et de façon particulièrement nette dans les pays émergents. Il faut évidemment rester prudent, compte tenu de certains risques, comme un dollar trop faible. La France a relativement mieux résisté à la crise que ses principaux voisins, grâce notamment à l’efficacité de notre plan de relance.
Depuis 2003, le taux de couverture (rapport entre les exportations et les importations) est passé de 100,3 à 88,1. Comment expliquer ce déficit de la balance commerciale de la France ?
Ce sont des raisons structurelles : le solde de la balance commerciale dépend largement des stratégies d’internationalisation des entreprises françaises. C’est une donnée nouvelle de l’économie mondialisée : pour vendre à l’étranger, il faut de plus en plus être présent sur les marchés locaux. Le chiffre d’affaires des entreprises françaises implantées à l’étranger représente environ 800 milliards d’euros, soit le double de nos exportations de marchandises. La France dispose par ailleurs d’un faible nombre d’entreprises de taille intermédiaire alors que ce sont les plus performantes en termes d’innovation et de capacité de conquête de marchés à l’étranger. Le nombre d’entreprises exportatrices françaises diminue depuis dix ans. Nous en avons 95 000, soit quatre fois moins que l’Allemagne et deux fois moins que l’Italie. C’est pour cette raison que j’ai fixé à Ubifrance l’objectif d’accompagner à l’export 10 000 entreprises supplémentaires d’ici à fin 2011 : je pense que cet objectif sera atteint, grâce à « l’Équipe de France de l’export », dont les Chambres de commerce et d’industrie sont une composante essentielle.
De quelle manière le gouvernement soutient-il les entreprises hexagonales afin de gagner des parts de marché à l’export ?
Dès lors que les problèmes sont d’abord ceux de la structure de notre appareil de production, ce sont les politiques transverses qui sont les plus pertinentes. La conquête de parts de marché à l’étranger passe avant tout par notre capacité à créer les conditions d’une économie innovante et compétitive. Le crédit impôt recherche, le rapprochement entre industrie et recherche au sein des pôles de compétitivité, la réforme de la taxe professionnelle, l’aide au renforcement des fonds propres des entreprises sont autant d’atouts pour le développement de la compétitivité de nos entreprises. Cette action transversale n’exclut pas des mesures spécifiques pour l’exportation. C’est d’abord l’animation « l’Équipe de France de l’export », qui fédère toutes les initiatives en faveur de l’internationalisation des entreprises. J’ai engagé une profonde réforme du dispositif public de soutien au commerce extérieur, qui est en cours d’achèvement, avec la montée en puissance des bureaux d’Ubifrance à l’étranger, des crédits renforcés pour les interventions d’Ubifrance (notamment sur les salons) et pour le soutien aux actions des autres opérateurs via la labellisation. De plus, des actions de promotion structurées en filière sont mises en place et coordonnées dans un « Programme France » qui, pour la première fois en 2010, sera unique pour l’ensemble des organismes publics. L’implication des Chambres de commerce et d’industrie dans ce dispositif est essentielle en raison de leur proximité avec le tissu des entreprises.
J’ai également annoncé le mois dernier, avec Christine Lagarde, la création de CAP Export, qui offre une solution aux entreprises rencontrant des difficultés pour l’assurance crédit de leurs exportations. Dans la même optique, j’ai demandé à la Coface d’adopter pour 2009 une politique d’assurance crédit volontariste sur plusieurs pays.
Les conditions attractives que je viens d’annoncer pour le recours aux Volontaires internationaux en entreprise (VIE) sont une autre forme de soutien des pouvoirs publics au dynamisme de nos entreprises à l’international.
Enfin, le comité Richelieu travaille, à ma demande, à une relance du portage au profit des PME, à travers l’association « Pacte PME International » qui regroupe les grandes entreprises exportatrices.
L’accord national Ubifrance-ACFCI est décliné sur le territoire par des accords territoriaux : quels sont les résultats de cette coopération ?
Cet accord est une des illustrations de ma volonté de raisonner en termes « d’Équipe de France de l’export » pour fédérer toutes les énergies et les initiatives. La déclinaison territoriale de l’accord Ubifrance-ACFCI permet une meilleure efficacité des actions d’Ubifrance, qui bénéficie de la connaissance fine du terrain qu’ont les CCI. Par exemple, sur l’objectif d’identification et d’accompagnement de 10 000 nouvelles entreprises à l’international, la consolidation des chiffres opérée par l’ACFCI démontre un résultat tout à fait satisfaisant, avec 60 % de l’objectif pour 2009 réalisé dès le premier semestre.

Gros plan
Anne-Marie Idrac
Secrétaire d’État chargée du Commerce extérieur auprès de la ministre de l’Économie, de l’Industrie et de l’Emploi
Le nombre d’entreprises exportatrices françaises, largement inférieures à celui de l’Allemagne et de l’Italie, diminue depuis dix ans. Pour relancer la conquête de parts de marché à l’export, il faut créer les conditions d’une économie innovante et compétitive.
Les entreprises doivent s’emparer de l’ensemble des mesures que le gouvernement a mis en place pour leur permettre de prospecter de nouveaux marchés et de financer leurs exportations. C’est dans ce contexte que doit se développer l’action d’Ubifrance d’accompagner à l’export 10 000 entreprises supplémentaires.
