Jean-François Bernardin
Président de l'ACFCI
Pourra-t-on encore être un honnête homme au XXIe siècle si on est issu d’un milieu modeste ? Il est permis d’en douter quand ressurgit la tentation de réformer l’épreuve de culture générale à l’entrée des grandes écoles et des concours. Le chef d’accusation ? Elle serait discriminante socialement.
Certes, l’environnement social est un facteur capital dans l’accès à la culture et à l’ouverture intellectuelle. Et l’accès aux classes préparatoires et grandes écoles est encore inégalitaire.
Mais en matière de lutte contre les discriminations, qui veut faire l’ange fait la bête. Les errements du collège unique et les malentendus des slogans pour porter 80 % d’une classe d’âge au baccalauréat l’ont prouvé.
Et d’ailleurs comment réformer ? En usant des avatars des technologies modernes pour proposer des épreuves où la dextérité l’emporte sur l’alacrité intellectuelle ? "Pour intégrer l’école, tapez 1 !"
Misère de la culture qu’on maltraite comme si elle n’était pas obligatoirement commune à tous les Français et elle-même un creuset dans lequel se sont fondus des apports multiples…
Si le nom de Corneille évoque pour certains jeunes le chanteur de soul plutôt que le dramaturge, ce n’est au fond pas si grave et c’est sans doute le signe de la prééminence de l’oral sur l’écrit dans notre société. Mais je persiste à penser que la culture est indispensable aux concours car elle est nécessaire dans les cursus de formation parce qu’indispensable dans la vie professionnelle et dans la vie.
Si demain les diplômes sont délivrés à tous, ils n’auront plus aucune valeur. Et là l’origine sociale et ethnique des candidats à l’emploi sera plus que jamais discriminante.
Le vrai combat c’est plutôt de permettre à tous les Français, quelles que soient leur origine et leur classe sociale, d’accéder à la culture générale.