Pourra-t-on encore être un honnête homme au XXIe
siècle si on est issu d’un milieu modeste ? Il
est permis d’en douter quand ressurgit la tentation
de réformer l’épreuve de culture générale
à l’entrée des grandes écoles et
des concours. Le chef d’accusation ? Elle serait discriminante
socialement.
Certes, l’environnement social est un facteur capital
dans l’accès à la culture et à
l’ouverture intellectuelle. Et l’accès
aux classes préparatoires et grandes écoles
est encore inégalitaire.
Mais en matière de lutte contre les discriminations,
qui veut faire l’ange fait la bête. Les errements
du collège unique et les malentendus des slogans pour
porter 80 % d’une classe d’âge au baccalauréat
l’ont prouvé.
Et d’ailleurs comment réformer ? En usant des
avatars des technologies modernes pour proposer des épreuves
où la dextérité l’emporte sur l’alacrité
intellectuelle ? "Pour intégrer l’école,
tapez 1 !"
Misère de la culture qu’on maltraite comme si
elle n’était pas obligatoirement commune à
tous les Français et elle-même un creuset dans
lequel se sont fondus des apports multiples…
Si le nom de Corneille évoque pour certains jeunes
le chanteur de soul plutôt que le dramaturge, ce n’est
au fond pas si grave et c’est sans doute le signe de
la prééminence de l’oral sur l’écrit
dans notre société. Mais je persiste à
penser que la culture est indispensable aux concours car elle
est nécessaire dans les cursus de formation parce qu’indispensable
dans la vie professionnelle et dans la vie.
Si demain les diplômes sont délivrés à
tous, ils n’auront plus aucune valeur. Et là
l’origine sociale et ethnique des candidats à
l’emploi sera plus que jamais discriminante.
Le vrai combat c’est plutôt de permettre à
tous les Français, quelles que soient leur origine
et leur classe sociale, d’accéder à la
culture générale.
|