Que faire d’un avion en fin de vie ? Le démanteler
proprement pour le recycler. Et relancer par la même
occasion l’économie de toute une région.
Avec
une durée d’exploitation moyenne de trente ans,
plus de 4 000 avions de ligne arriveront en fin de vie
de 2006 à 2025. Impossible de continuer à
les abandonner dans le désert, de les laisser rouiller
en bout de piste ou de les détruire sommairement. Un
démantèlement aéronautique intelligent,
sécurisé et environnemental devient donc, dès
aujourd’hui, un enjeu économique décisif
et de long terme.
C’est sur cette perspective à la fois innovante
et immédiate que s’est appuyée la CCI
de Tarbes et des Hautes-Pyrénées pour aider
à donner un nouvel élan à l’économie
du département, ébranlée par des restructurations
successives (Giat, Alcan-Péchiney). La plate-forme
de démantèlement aéronautique européenne
s’implante donc dès cette année dans la
zone aéroportuaire de Tarbes-Lourdes-Pyrénées,
avec pour acteurs industriels Airbus, Sita et Sogerma. « Nous
travaillions depuis plusieurs années sur la détection
de projets aéronautiques compatibles avec le potentiel
industriel de la région, déclare Camille
Denagiscarde, directeur général de la CCI de
Tarbes. Après avoir mis en place des formations
continues en maintenance, nous avons pu identifier clairement
le besoin de démantèlement. Nous avons convaincu
le préfet que nous avions une partie de la solution
au problème industriel et social lié à
la reconversion des industries de défense. »
Expérimentation immédiate
Le projet se déroule en deux phases, expérimentale
puis industrielle, démarrées conjointement.
Baptisée Pamela (Process for advanced management of
end-of-life aircraft), la phase expérimentale vise
à déterminer, pratiquement et techniquement,
un procédé optimal de démantèlement
d’avion, dans un souci de recyclage ou de destruction
sécurisé, mais aussi de respect de l’environnement.
Le projet fait en effet l’objet d’un financement
dans le cadre des projets Life (L’instrument financier
de l’environnement) sélectionnés par la
Commission européenne. Il s’agit donc de définir
aussi des normes en matière de recyclage d’avion
à toutes les étapes du processus.
La phase Pamela est déjà effective. La CCI,
qui est en charge de la gestion de l’aéroport,
vient de mettre à la disposition d’Airbus un
hangar existant sur les terrains de l’aéroport.
Un premier appareil, un A 300 d’origine turque,
y a été acheminé fin février pour
commencer l’expérimentation en grandeur réelle.
Pour la phase industrielle, dénommée programme
Tarmac, un syndicat mixte va entamer dès juillet 2006
les aménagements nécessaires des terrains disponibles
sur l’aéroport, en profitant d’une plate-forme
vierge, pleinement aménageable selon les exigences
industrielles. On y construira, entre autres, vingt places
de stationnement d’avion et un bâtiment industriel
de très grandes dimensions, pouvant accueillir tous
types d’appareils… Et en particulier l’A 380,
dont Airbus préfigure déjà les nécessités
de démantèlement après quarante ans d’exploitation
! Si la première mise en service des installations
est prévue dès fin 2007, c’est donc
un programme à très long terme, d’essor
économique réellement durable.
La mise en œuvre du projet, aujourd’hui réalité,
a été facilitée par une synergie entre
l’Etat, les collectivités locales, les industriels
et la CCI. « C’est un aboutissement dont
nous pouvons être fiers, car la CCI a pu faire valoir
ici toutes les facettes de ses moyens et métiers: à
la fois mise en place de dispositifs de formation, recherche
de projets industriels, et gestion aéroportuaire »,
confirme Camille Denagiscarde.
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