Ce nouveau siècle a mal commencé car
nous n’en avons rien espéré. En prenant
à bras-le-corps les problèmes posés par
le secteur de l’énergie, nous pouvons régler
les questions d’environnement et faire émerger
une nouvelle forme de civilisation. Il est temps d’engager
un vaste débat public.
« En 2050, nous serons neuf milliards d’habitants.
L’humanité ne pourra jamais avoir le mode de
vie actuel des Etats-Unis, chaque Américain consommant
l’équivalent de neuf tonnes de pétrole
par an. On sait aujourd’hui que l’essentiel des
problèmes climatiques, des risques technologiques et
des pollutions a pour cause le secteur de l’énergie
au sens large du terme. C’est pourquoi nous sommes acculés
à une réforme majeure de nos modes de production
et de consommation, alors qu’un troisième choc
énergétique affecte le monde depuis plus d’un
an.
En France, entre 1973 – année du premier
choc pétrolier – et 2004, le PIB par habitant
a progressé de 66 %. Quelle a été
la croissance de la consommation d’énergie sur
cette même période ? 6 % seulement…
En réalité, depuis cent cinquante ans, l’histoire
industrielle a engendré une meilleure valorisation
de chaque unité d’énergie. Pourtant, nos
concitoyens ont le sentiment que l’augmentation de la
consommation d’énergie est complètement
liée à nos modes de vie.
Aujourd’hui, nous entrons dans une période de
renchérissement des énergies qui nous oblige
à améliorer les technologies, à changer
nos comportements individuels et collectifs. Il n’y
aura de paix durable que si les pays industrialisés
trouvent la manière d’utiliser rationnellement
les ressources énergétiques. C’est la
seule façon de permettre une croissance facile et moins
prédatrice généralisable aux pays émergents
et en voie de développement, dont certains entrent
à toute vitesse dans une période d’industrialisation.
Face à cet enjeu planétaire, il existe deux
scénarios d’échec très tentants
dans lesquels les pays industrialisés ne doivent pas
tomber. Premier scénario :convaincus que notre mode
de vie nécessite des quantités importantes d’énergie,
nous entrerions dans une période de tensions internationales
pour conquérir des ressources raréfiées.
Et nos concitoyens considéreraient que tout débat
sur le sujet se ferait en défaveur de leur confort.
Deuxième scénario : face au sentiment d’une
prédation insupportable menant inévitablement
à des conflits majeurs, nous abandonnons notre mode
de vie pour une extrême frugalité. Cette décroissance
engendrerait un univers psychologique dépressif nourri
par le sentiment d’un obstacle infranchissable.
Entre ces deux scénarios, il existe un énorme
effort culturel à entreprendre pour qu’au niveau
individuel et collectif, notre société identifie
des solutions donnant le plus grand plaisir de vivre tout
en optimisant les consommations d’énergie. Or,
un projet collectif ne se décrète pas. Il faut
d’abord organiser un grand débat public pour
donner la parole aux citoyens, et les aider à se projeter
dans ce siècle qui commence. Une fois ce débat
engagé, nous pourrons reconstruire un imaginaire collectif,
porteur, à terme, d’un projet de société.
Ce siècle devra être celui de l’optimisation
dans l’utilisation des ressources. »
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