Pierre RADANNE,
auteur du rapport de la mission interministérielle sur l’effet de serre, ancien président de l’Ademe.

Ce nouveau siècle a mal commencé car nous n’en avons rien espéré. En prenant à bras-le-corps les problèmes posés par le secteur de l’énergie, nous pouvons régler les questions d’environnement et faire émerger une nouvelle forme de civilisation. Il est temps d’engager un vaste débat public.

« En 2050, nous serons neuf milliards d’habitants.
L’humanité ne pourra jamais avoir le mode de vie actuel des Etats-Unis, chaque Américain consommant l’équivalent de neuf tonnes de pétrole par an. On sait aujourd’hui que l’essentiel des problèmes climatiques, des risques technologiques et des pollutions a pour cause le secteur de l’énergie au sens large du terme. C’est pourquoi nous sommes acculés à une réforme majeure de nos modes de production et de consommation, alors qu’un troisième choc énergétique affecte le monde depuis plus d’un an.
En France, entre 1973 – année du premier choc pétrolier – et 2004, le PIB par habitant a progressé de 66 %. Quelle a été la croissance de la consommation d’énergie sur cette même période ? 6 % seulement…
En réalité, depuis cent cinquante ans, l’histoire industrielle a engendré une meilleure valorisation de chaque unité d’énergie. Pourtant, nos concitoyens ont le sentiment que l’augmentation de la consommation d’énergie est complètement liée à nos modes de vie.
Aujourd’hui, nous entrons dans une période de renchérissement des énergies qui nous oblige à améliorer les technologies, à changer nos comportements individuels et collectifs. Il n’y aura de paix durable que si les pays industrialisés trouvent la manière d’utiliser rationnellement les ressources énergétiques. C’est la seule façon de permettre une croissance facile et moins prédatrice généralisable aux pays émergents et en voie de développement, dont certains entrent à toute vitesse dans une période d’industrialisation.
Face à cet enjeu planétaire, il existe deux scénarios d’échec très tentants dans lesquels les pays industrialisés ne doivent pas tomber. Premier scénario :convaincus que notre mode de vie nécessite des quantités importantes d’énergie, nous entrerions dans une période de tensions internationales pour conquérir des ressources raréfiées. Et nos concitoyens considéreraient que tout débat sur le sujet se ferait en défaveur de leur confort. Deuxième scénario : face au sentiment d’une prédation insupportable menant inévitablement à des conflits majeurs, nous abandonnons notre mode de vie pour une extrême frugalité. Cette décroissance engendrerait un univers psychologique dépressif nourri par le sentiment d’un obstacle infranchissable.
Entre ces deux scénarios, il existe un énorme effort culturel à entreprendre pour qu’au niveau individuel et collectif, notre société identifie des solutions donnant le plus grand plaisir de vivre tout en optimisant les consommations d’énergie. Or, un projet collectif ne se décrète pas. Il faut d’abord organiser un grand débat public pour donner la parole aux citoyens, et les aider à se projeter dans ce siècle qui commence. Une fois ce débat engagé, nous pourrons reconstruire un imaginaire collectif, porteur, à terme, d’un projet de société. Ce siècle devra être celui de l’optimisation dans l’utilisation des ressources. »